Clarifier les interfaces et sécuriser les transitions
Avec la réforme d’intégration prévue, le Conseil fédéral entend renforcer l’insertion et la réinsertion des assurés AI sur le marché du travail. Un élément central est la nouvelle prestation d’intégration destinée aux jeunes adultes de 18 à 25 ans. Elle s’adresse aux personnes présentant un potentiel d’intégration, mais dont l’état de santé ne leur permet pas encore de participer à des mesures d’insertion professionnelle. Sont prévues une prestation en espèces ainsi qu’un accompagnement individualisé des personnes concernées et de leur entourage (Lignes directrices de la réforme de l’AI : Le Conseil fédéral définit les lignes directrices de la prochaine réforme de l’AI).
C’est précisément là que réside, du point de vue d’Insertion Suisse, un enjeu central pour la poursuite de l’élaboration de la réforme : la phase précédant les mesures professionnelles doit être clairement définie. Durant cette période de transition, les jeunes ont besoin de stabilisation, d’une structure quotidienne, de participation sociale, de coaching, d’une clarification de leurs perspectives et d’une préparation progressive à la formation ou au travail. De nombreuses organisations d’insertion sociale et professionnelle fournissent déjà aujourd’hui de telles prestations. Elles disposent d’une expérience dans l’accompagnement de personnes qui ne sont pas encore en mesure d’intégrer directement le marché du travail, mais qui peuvent progresser avec un soutien adapté.
S’appuyer sur les mesures de réinsertion existantes
Le nouvel aperçu de l’Office fédéral des assurances sociales sur les activités de réadaptation en 2025 montre que l’AI dispose déjà aujourd’hui d’un instrumentarium différencié. Près de 14’900 personnes ont participé en 2025 à des mesures de réinsertion au sens de l’art. 14a LAI, pour un coût total de 212 millions de francs. Depuis leur introduction en 2008, le recours à ces mesures n’a cessé d’augmenter ; le développement continu de l’AI entré en vigueur en 2022 et l’extension de ces mesures aux adolescents et aux jeunes adultes ont entraîné une nouvelle hausse.
La nouvelle prestation d’intégration ne doit donc pas être envisagée isolément.
Des interfaces claires sont déterminantes entre les offices AI, les services sociaux, les établissements de formation, les professionnel·le·s de la santé, les employeurs et les organisations d’insertion professionnelle. Des transitions clairement définies sont tout aussi nécessaires : de la stabilisation sociale aux mesures d’ordre professionnel de l’AI, en passant par des offres de réinsertion préparatoires.
Le volet consacré à la formation est également important. Le Conseil fédéral prévoit d’améliorer l’accès aux formations initiales et continues financées par l’AI. Il s’agit notamment de mieux soutenir les jeunes, les personnes peu qualifiées et celles à bas revenu, qui remplissent aujourd’hui difficilement les critères pour une reconversion professionnelle. L’objectif est de mieux préparer les assurés aux exigences du marché du travail et d’accroître leurs chances d’une insertion durable.
Le lien entre intégration sociale, qualification et insertion professionnelle revêt ainsi une importance particulière.
Insertion Suisse entend apporter à ce débat l’expérience de ses membres : ils savent comment l’accompagnement, le développement des compétences, la proximité avec le marché du travail et le soutien individualisé doivent s’articuler pour que les transitions réussissent.
La réforme comprend également la stabilisation financière de l’AI. Selon le Conseil fédéral, toutes les mesures possibles doivent d’abord être prises afin d’éviter qu’un financement supplémentaire ne soit nécessaire. Si cela ne suffit pas, le Conseil fédéral propose une augmentation des cotisations salariales de 0,1 à 0,2 point de pourcentage. Il convient en outre d’examiner comment garantir à court terme les liquidités de l’AI si sa situation financière devait se détériorer plus rapidement que prévu.
À l’occasion de cet anniversaire, plusieurs regards complémentaires ont permis de retracer le parcours de la norme et d’interroger son rôle actuel et futur. Un grand merci à Stéphane Manco pour son récapitulatif historique, à Alain Bolomey pour sa perspective en tant que mandant, à Ingrid Artieda pour son regard d’organisation certifiée, à Sophie Gremaud pour la perspective de la Confédération ainsi qu’à Corinne Dettwiler, experte et auditrice de la norme.
Pour Insertion Suisse, une chose est donc claire : la Réforme d’intégration n’est pas seulement un projet relevant de la politique des assurances sociales. Elle constitue également une occasion de rendre visibles les prestations de l’insertion professionnelle et de renforcer la collaboration entre les différents systèmes. Notre secteur ne veut pas rester spectateur, mais participer activement – afin que les jeunes adultes soient accompagnés suffisamment tôt, que les transitions ne soient pas laissées au hasard et que l’intégration sociale et l’insertion professionnelle s’articulent mieux.
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